Il y a des périodes dans l’année où les agendas se vident, où les esprits sont ailleurs, où le rythme habituel se brise. Et dans ces moments précis, certaines entreprises perdent leurs équipes sans même s’en rendre compte. Pas à cause d’un départ. Pas à cause d’un conflit. Mais simplement parce qu’elles ont continué comme si de rien n’était.
Les fêtes et les occasions qu’elles soient religieuses, nationales ou culturelles sont des révélateurs puissants de la qualité de la relation entre une organisation et ses collaborateurs. Ce que vous faites (ou ne faites pas) pendant ces périodes dit souvent plus sur votre culture d’entreprise que n’importe quel document de valeurs affiché en salle de réunion.
Commençons par poser le diagnostic. Les initiatives d’engagement pendant les périodes festives aident les collaborateurs à traverser ces phases avec un sentiment de sens, tout en maintenant une motivation qui tend naturellement à fléchir.
Ce phénomène s’explique par trois mécanismes bien documentés :
En période de fête, le cerveau est naturellement partagé entre les obligations professionnelles et les préoccupations personnelles préparatifs familiaux, dépenses supplémentaires, rythme de vie bouleversé. Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est de la biologie.
Ce qui démotive durablement un collaborateur, ce n’est pas la fatigue. C’est de se sentir inexistant aux yeux de son organisation. Un manager qui ne reconnaît pas le contexte dans lequel travaillent ses équipes envoie un message inconscient mais destructeur : vous n’existez pas en dehors de vos livrables.
Plus de la moitié des salariés affirment ne vivre que rarement des événements fédérateurs en entreprise un chiffre qui monte à 57 % chez les non-cadres. En effet, l’absence de rendez-vous partagés nourrit un sentiment de distancement progressif, silencieux, mais bien réel.
La bonne nouvelle ? Ces trois phénomènes sont entièrement maîtrisables. Encore faut-il adopter la bonne posture managériale.
Chaque fête a ses codes, chaque équipe a ses besoins, chaque collaborateur a sa réalité. La grande erreur des entreprises est de croire qu’une politique RH uniforme suffit à couvrir tous les cas.
Une culture d’équipe forte tient compte du fait que tous les employés ne célèbrent pas les mêmes occasions, et crée des moments accessibles à tous en proposant plusieurs types d’activités,et ainsi, invitant les collaborateurs à partager leurs propres traditions.
Concrètement, maintenir l’engagement pendant une période festive repose sur quatre leviers fondamentaux, valables quelle que soit l’occasion :
Selon Gallup, la reconnaissance améliore non seulement le bien-être, mais stimule également la productivité. Reconnaître un effort pendant une période contraignante a un impact émotionnel bien supérieur à la même reconnaissance en temps normal.
La flexibilité des horaires permet aux collaborateurs de mieux gérer leur temps et leurs missions. Cette autonomie accrue se traduit par une réduction du stress, contribuant ainsi à un meilleur équilibre vie professionnelle/vie personnelle.
Pour s’impliquer pleinement dans leur travail, les collaborateurs ont besoin de se sentir soutenus et en confiance ce qui passe par une communication transparente et une attention aux préoccupations de chacun.
En période de fête, insister sur le présentéisme est contre-productif. Ce qui compte, c’est la qualité du travail rendu, pas le nombre d’heures passées à son bureau.
Passons maintenant au contexte qui vous concerne directement.
Le Ramadan 2026 touche à sa fin. La Direction générale de la Fonction publique et de la Réforme administrative a officialisé, pour ce Ramadan, des horaires aménagés dans les institutions et administrations publiques : du dimanche au jeudi, de 8h30 à 15h00, pour l’ensemble des wilayas du pays. L’Aïd El Fitr est donc imminente, et avec elle, une transition que chaque DRH doit anticiper avec soin.
Pour les responsables RH en Algérie et en Tunisie, ce mois représente un défi managérial unique mais aussi une opportunité rare que trop d’entreprises laissent passer.
Dans de nombreuses organisations, la culture du présentéisme reste dominante. Le Ramadan, en comprimant les horaires et en bouleversant les rythmes, oblige à repenser ce paradigme. Et c’est précisément là que se jouent les grandes différences entre les entreprises qui retiennent leurs talents et celles qui les perdent.
Une gestion adaptée fondée sur le dialogue, la planification et des aménagements raisonnables réduit les tensions, améliore l’engagement et sécurise l’organisation. À l’inverse, ignorer ces réalités peut coûter cher : dégradation du climat social, désengagement progressif, voire départs non anticipés.
Les pratiques les plus efficaces observées dans nos contextes locaux convergent autour de quelques actions concrètes :
Il est recommandé d’éviter de planifier des réunions importantes en fin de journée, lorsque la fatigue se fait davantage sentir. De nombreuses entreprises choisissent d’adapter leurs horaires de travail pendant cette période, en raccourcissant les journées ou en décalant certains créneaux. Certaines introduisent également davantage de flexibilité en proposant une à deux journées de télétravail par semaine lorsque l’activité le permet. Ces ajustements, même simples, contribuent à maintenir l’engagement des équipes et à favoriser un meilleur équilibre durant cette période.
Des entreprises comme Djezzy en Algérie, qui ont fait de la décoration de leurs locaux et de l’ambiance du mois sacré une véritable tradition interne, l’ont bien compris : habiller les espaces de travail aux couleurs du Ramadan et créer des moments de convivialité autour du mois sacré génère un attachement émotionnel fort chez les équipes. Un f’tour d’entreprise, même simple, a une portée symbolique considérable. Il signifie : votre vie hors du bureau compte pour nous.
Le Ramadan est une période de dépenses accrues alimentaires, familiales, sociales. Les entreprises qui accompagnent leurs collaborateurs par des avantages ciblés paniers Ramadan, chèques cadeaux, primes ponctuelles envoient un signal fort de solidarité institutionnelle.
La gestion du Ramadan en entreprise illustre des défis plus larges d’inclusion et de bien-être au travail et la formation continue des managers sur ces questions sensibles reste l’un des chantiers les plus sous-investis dans nos contextes. Un manager mal outillé peut, sans le vouloir, créer plus de tensions en un mois de Ramadan qu’une année entière de dysfonctionnements ordinaires.
L’Aïd El Fitr n’est pas seulement la fin du Ramadan. C’est un moment de bascule émotionnelle fort. Les collaborateurs ont traversé un mois exigeant physiquement, spirituellement, familialement. Ce qu’ils attendent de leur entreprise à cet instant précis, c’est de la reconnaissance et du respect.
Voici ce que les DRH peuvent faire concrètement dans les jours qui précèdent et suivent l’Aïd :
Il serait réducteur de ne voir dans le Ramadan qu’une contrainte organisationnelle. C’est aussi et surtout une occasion unique de bâtir une culture d’entreprise authentique.
Le Ramadan génère un phénomène rare en entreprise : une synchronisation émotionnelle collective. Même rythme, mêmes privations, même f’tour. Cette expérience partagée constitue un terreau de confiance organique que peu d’outils RH peuvent reproduire artificiellement. Les entreprises qui savent le canaliser en ressortent plus soudées, plus résilientes, avec des équipes qui ont le sentiment d’appartenir à quelque chose qui les comprend vraiment.
Intégrer les enjeux du fait religieux et culturel s’inscrit pleinement dans les démarches de qualité de vie au travail et de responsabilité sociale de l’entreprise. Ce n’est pas de la complaisance. C’est du management intelligent.
Les périodes de fête ne sont pas des trous dans le calendrier RH. Ce sont des moments charnières où se joue, en accéléré, la qualité réelle de la relation entre l’entreprise et ses collaborateurs.
Dans nos contextes algérien et tunisien, le Ramadan et l’Aïd El Fitr cristallisent cette dynamique avec une intensité particulière. Les entreprises qui comprennent cela ne se contentent pas de “gérer” la période elles en font un levier stratégique de fidélisation, de cohésion et de marque employeur.
Les collaborateurs se souviennent longtemps de ce que leur entreprise a fait ou n’a pas fait pendant ces moments. Ils en parlent à leurs proches, à leurs réseaux professionnels. Et c’est souvent dans ces détails-là que se construit ou se détruit l’envie de rester.
Aïd Moubarak à toutes les équipes. 🌙